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Le Scoutisme à Paris

Naissance du scoutisme à Paris

L’association des Scouts de France est créée le 25 juillet 1920 à Paris dans les locaux de la paroisse Saint-Honoré-d’Eylau, après plusieurs mois de discussion, par :

 

  • Le chanoine Cornette qui apportait deux troupes
  • L’abbé de Grangeneuve, Lucien Goualle et leur troupe
  • Le père Sevin, Xavier Sarrasin et leurs six troupes lilloises (Sevin avait rencontré Cornette un peu par hasard en 1919)
  • L’abbé Caillet, Henri Gasnier et leur troupe
  • L’abbé d’Andréis et ses Éclaireurs des Alpes

 

C’est donc, malgré la personnalité de Sevin et, plus en marge, celle de d’Andréis, un mouvement parisien à l’origine. La première troupe affiliée ensuite est la 1ère Cuts, dans l’Oise. Les débuts du mouvement sont contés de façon un peu légendaire dans le numéro d’août 1929 du Scout de France.

 

L'âge classique - 1920 / 1945

Sevin, Paul Coze, Cornette

En mars 1933, Sevin, qui est quelque peu omniprésent (il dirige seul Chamarande et, dès 1925, il semble bien que le chanoine Cornette et Guyot de Salins s’en agacent, tout en lui restant fidèles) et qui programme un « ordre scout » bien au-delà du pragmatisme de B.-P. — ordre que Cornette semble accepter dans un premier temps, lors d’une célébration, en 1929, à Saint-Leu-Saint-Gilles, mais qui n’a pas de suite, et que le père Revet voudra réaliser à Riaumont —, puis Paul Coze, alors C. N. E., dont le naturalisme déplaît et l’indianisme agace (un indianisme destiné, à l’origine, à faire pièce au militarisme), sont remerciés.

 

Le chanoine Cornette

Sevin ne sera pas oublié, mais il n’apparaîtra plus dans le mouvement : c’est à peine si, en 1937, il prêche une retraite pour le district de Paris sud II. Macédo s’éloigne en 1936 pour des raisons mal connues qui ne sont pas son royalisme avoué, même s’il est connu que beaucoup d’aumôniers provenaient du Sillon et que Macédo, en revanche, avait des sympathies pour la construction positive de Maurras, à l’instar de Maurice de Lansaye, qui restera maurrassien après-guerre. Cornette meurt la même année.

Forestier, Delsuc, Doncoeur

La nouvelle génération est celle du père Forestier et des premiers chefs issus du mouvement, presque tous parisiens : Blanchon (fondateur de la 8ème Paris ; assistant, avec Paul Coze, de Sevin à Chamarande dès 1923), Delsuc (qui succède à Sevin à Chamarande, puis est C. N. E. clandestin pour la zone occupée — DCC, membre du conseil national, il démissionne en 1958 et prend publiquement position contre Rigal en 1960 ; il est membre du « Comité des Mille » [unitaire] en 1966 et fondateur des S. U. F.), Gérin, Dary ; et, en marge mais influent, Doncœur. Lorsque Macédo lance la Route, en 1925, Forestier est encore ingénieur ; il a créé la 1ère Villemomble en 1922. Forestier devient aussitôt le premier C. N. R., tout en gardant sa troupe ; il relance en 1926, avec Paul Coze, Le Scout de France qui flageolait quelque peu ; puis il entre au Saulchoir en 1927.

 

Le Père Doncoeur
<>En 1931, il est ordonné ; sa première messe est servie par Doncœur, mais ce n’est qu’en 1936 qu’il revient dans le mouvement, à la mort simultanée de Cornette et de Guyot de Salins. En 1940, il confie la zone occupée à son assistant pour l’Extension, le père Michel de Paillerets o. p. (qui avait été commissaire dans le mouvement), tandis que Doncœur reprend, de façon intérimaire mais fertile, la Route, l’abbé Joly étant prisonnier. Cette génération des années 1930 porte le scoutisme à une sorte d’âge classique. L’indianisme s’efface ; le mythe chevaleresque le remplace, guère dans les institutions, car il y a peu de chevaliers de France et fort peu de distinctions des origines sont maintenues : telle la croix celtique de bronze ou, belle idée mais pratiquement jamais décernée, la Nef de saint Louis ; mais dans les esprits, à travers les jeux. La guerre, où depuis Lyon les Parisiens Gérin, Alouis, Joubert, Lamoureux (Foncine) dirigent la branche éclaireurs, où le Parisien Eugène Dary a succédé à Henri Gasnier comme commissaire général, conclut cette époque en marquant le triomphe du mythe chevaleresque, mais aussi le début de sa fin, car il restera associé à cette époque ambiguë.

 

L'après Guerre

Divergences d'opinions

L’après-guerre est agité. La Route, essentiellement dirigée par d’anciens prisonniers de guerre — Michel Rigal, l’abbé Joly, le père Michel Évrard o. p. — a une vision du scoutisme assez différente de celle de l’équipe Éclaireurs de Menu, constituée de résistants ou, au moins, de jeunes gens restés en France. De 1945 à 1956, Forestier est soutenu contre l’équipe de Rigal par Michel Menu et il soutient, en retour, ses initiatives ; leur association sera rompue par le départ de l’un et la démission fracassante de l’autre. Lorsque Menu claque la porte, en 1956, le mouvement entre dans une nouvelle période, celle du projet de Rigal, Cruiziat, Lebouteux, encore des Parisiens. Rigal est devenu commissaire général ; soucieux de modération, il n’en est pas moins partisan des thèses communautaires de Cruiziat, qui semblent progressistes dans leur énoncé, mais qui remontent à Uriage et aux Compagnons de France, sinon avant. Cruiziat, un pur produit du 104, rue de Vaugirard, n’a jamais été éclaireur. En revanche, l’équipe de la réforme de 1964, Lebouteux, Missotte, Kieffer, est presque exclusivement constituée d’anciens C. T. Raiders ; la confusion entre la crise de la Route et du sommet du mouvement, en 1956 et 1957, et la réforme de 1964 doit être évitée, car les deux évolutions ont des racines et des acteurs très différents.

La rupture

Lebouteux a toujours établi une filiation entre programme Raiders et programme Pionniers et s’est voulu fidèle à Menu ; il affirme aussi s’être inspiré des scouts marins (divisés depuis longtemps) et des expériences du secteur de L’Haÿ-les-Roses, autour de l’original p. de Féligonde o. s. b., lequel a d’ailleurs créé un petit mouvement d’esprit traditionnel, mais divisé en deux âges. Le peu d’intérêt des historiens pour cette période a longtemps occulté le fait que 1963 constitue un sommet dans les effectifs du mouvement, malgré le manque chronique de chefs, ce qui est très net à Paris. La crise suivante est celle de 1969 : sauf l’équipe Pionniers, fidèle à Lebouteux et, paradoxalement, assez classique, toutes les équipes du mouvement s’opposent à Rigal et à son ferme adjoint, Émile-X. Visseaux, sur le point de la participation et de la démocratie dans le mouvement ; Rigal reste maître (l’équipe Rangers démissionne avec fracas) mais, usé, passe la main à Visseaux en 1970. Les dernières unités unitaires disparaissent des listes en 1971, au moment de la création des S. U. F., mais il semble qu’en 1983, au moment de leur interdiction définitive (interdiction de camper à toute unité unitaire), il en reste une trentaine en France, dont cinq ou six à Paris.

 

Développement du mouvement scout

Forte progression

Le mouvement connaît trois périodes d’accroissement extrêmement rapide : les années 1920 — en 1931, il comptait, en Île-de-France, cent quatre-vingt-quatre troupes, cent quarante-six meutes, dix-huit clans ; une liste exhaustive est donnée dans Scout du 20 mai 1935 — en 1929, le district de Paris sud (la rive gauche) possède trente et une troupes et huit clans, et le mouvement affiliait une troupe ou une meute par jour ! —, les années 1945-1947 et, plus lente mais constante, la croissance des années 1952-1963. Les dates d’affiliation sont celles où l’unité est reconnue par le mouvement et reçoit l’étendard, mais la fondation peut être nettement antérieure.

Numérotation

La numérotation est plus rigoureuse qu’il ne semble a priori. L’usage est cependant rapidement pris de renoncer, au sein d’un groupe, aux numéros d’ordre pour privilégier des numéros de même terminaison par l’ajout d’une centaine, « 37ème, 137ème, 237ème », de quelques dizaines, « 131ème, 151ème, 171ème », ou tout autre moyen. Il est fréquent que, le numéro en « 100 » étant pris, le doublon d’une troupe ancienne soit en « 200 » : 27ème, 227ème, par exemple. Cet assouplissement, qui facilite l’identification des unités, mais mène à des chiffres étonnants — la 368ème ! — et laisse quelques vides, doit commencer dès 1930. On est très mal renseigné pour les années de guerre dans la zone occupée, où le scoutisme est clandestin, mais très vivant à Paris, sous le déguisement de patronages ou de cercles civiques. On connaît ainsi l’existence d’Amis des Groupes de plein air et des patronages de la région Est, dirigé par Mme Thaury (elle-même mère de cheftaines G. d. F.) qui n’est autre que le déguisement des ventes annuelles S. d. F. En 1944, presque toutes les troupes de Paris se retrouvent dotées d’un ou deux doublons. Mais dès 1948, les unités les plus récentes, celles de 1945-1947, commencent à disparaître, pour retomber en 1952 à un niveau proche de 1946. Dans les années suivantes, les effectifs du mouvement remontent grâce aux patrouilles libres, mais il n’y en a presque pas à Paris et les unités nouvelles sont surtout des dédoublements des troupes Raiders. Pour la qualification de « Raiders », il faut tenir comte des deux remises à zéro, celle de la rentrée de 1952, qui n’empêche pas qu’on soit, en 1953, à deux cent vingt troupes Raiders en France (sur deux mille groupes) et surtout celle du 1er décembre 1956, qui n’a laissé le béret vert qu’à seize troupes, dont la 83ème et la 102ème Paris, même si un certain nombre a repris le béret par la suite.

 

La crise de 1964/1965

En 1963, on parvient à Paris à des effectifs jamais atteints. La réforme de 1964-1965, indépendamment de la question de son intérêt pédagogique, est un désastre pour les effectifs : d’excellentes troupes, comme la 37ème, ferment en moins de deux ans. Le moindre soutien du clergé, le problème lancinant du recrutement des chefs, l’esprit général de l’époque expliquent aussi, mais en partie seulement, cet effondrement, que la revue dissimule assez habilement. Il semble en fait qu’une distinction s’opère vite entre quelques groupes qui expérimentent la réforme, sous l’influence directe de l’E. N. E. (86e, 83ème, 136ème) et une majorité relativement indifférente aux thèmes du chantier, de la « Saint-Georges utile », « 1 000 reflets », « Base active » (aucune troupe parisienne n’est primée) et autres. Certains groupes, comme la 23ème et la 146ème, adoptent la réforme avec réflexion et sans renier leur passé ; quelques-uns se lancent pleinement dans la pédagogie Pionniers, comme la 22ème, la 54ème, la 74ème ; beaucoup disparaissent entièrement. Les groupes qui restent unitaires sont de forts groupes de l’ouest parisien, anciens et solides, qui rompent les relations avec le mouvement, sans le quitter, dès 1962 et l’envahissement du thème du chantier ; ce sont eux qui fournissent aujourd’hui le principal contingent des S. U. F., où ils sont arrivés en deux vagues, les groupes fondateurs en 1971 — Saint Louis le premier — et les groupes qui désiraient rester au sein des S. d. F., dont ils étaient des vétérans, mais qui ont été contraints de les quitter en 1983 : la 27ème, la 44ème. Les S. U. F. sont aujourd’hui, pour les effectifs, le premier mouvement scout de Paris ; suivent les S. d. F. et la F. S. E., qui n’a que très peu de filiations avec les anciennes unités.

 

Un certain nombre de groupes anciens restent anonymes, tandis que quelques groupes S. d. F. actuels n’ont pas de passé connu : Riquet, Saint-François-Molitor (180e ?), Notre-Dame-de-la-Compassion (celui-ci est certainement récent, car la paroisse date des années 1990), Notre-Dame-du-Travail.

 

Notes bibliographiques

Ce document a été établi à l’aide des fiches du Laboratoire scout de la Sainte-Croix de Riaumont, de revues, plaquettes et autres documents anciens, des archives d’André Cruiziat déposées aux archives de la province dominicaine de France, des fiches publiées sur le site Scout un jour, de Mme Marie-José Aulotte, du R. P. Hervé Tabourin, de MM. François Clément, Thibault Join-Lambert, Laurent Ronzon et Pascal Poumailloux. Les termes « mentionné » ou « attesté » signifient que l’unité est mentionnée, même de façon très brève, dans un document ancien, principalement la revue Scout et ses avatars, La Route, Le chef, et le riche bulletin provincial L’Île-de-France.