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Le mot du Chef de Troupe

L’Hiver. Une saison bien souvent mal-aimée. Surtout lors des WE scouts. L’hiver il fait froid, il fait sombre et froid et il fait surtout froid. Surtout en short. Il y a bien la neige, qui est assez utile pour enfariner la classe rivale ou le prof de français a la sortie des cours, ou pour crâner un peu devant les filles sur le télésiège ; mais aux scouts la neige ça fait juste rougir les mains et mouiller les chaussettes.
C’est le moment de se demander, cher scout, pourquoi alors le CP devient un surhomme capable de se balader en simple pull et d’insister pour faire le dérouillage torse nu dans le torrent. Trois solutions sont possibles :

  • Ils ont trop écouté certains chefs dire que le froid était une illusion d’optique
  • Ils se la jouent complètement parce que ils sont CP, et qu’un vrai CP dans les dessins il est torse nu dans la neige.
  • Ils sont complètement barges (c’est tout a fait possible)

La réponse c’est sans doute les trois :

  • D’une part parce que les chefs ont toujours raison (article 11), et que si le froid n’est pas une illusion, notre attitude face au froid dépend totalement de notre volonté, et non de la situation. Oui il fait très froid, mais si je reste dans mon sac de couchage ou les mains dans les poches sans bouger ça ne changera rien au froid qui règne dehors, et c’est en souriant et en bougeant partout que l’on combat le froid. Pas par la paresse. Les histoires d’alpinistes morts parce qu’ils s’étaient arrêtés de marcher l’illustre assez bien. Jamais un scout ne meurt d’un dérouillage en plein hiver…
  • Par ailleurs, c’est en essayant de se rapprocher du scout parfait que l’on effleure ce que ça pourrait donner, pour soi, d’être un gars bien. Un gars qu’on a envie d’imiter. Un gars qui peut montrer l’exemple, parce que lui il a essayé, il s’est sorti les mains des poches et il a osé, osé combattre le froid, osé prendre une initiative alors qu’on ne lui demandait rien, osé aller voir untel et le sortir de sa paresse, osé se poser des questions, osé le changement, osé le ridicule adolescent d’être ce qu’on lui propose d’être. Osé être torse nu dans le froid, juste pour oser. Cap’ ou pas cap’ de voir où sont les limites de notre paresse.
  • Enfin, être scout c’est être taré. Ne pas suivre la logique du monde. Ne pas rester chez soi sous prétexte que dehors il pourrait faire froid, chaud, pluvieux, glissant, beau. Ne pas rester entre soi sous prétexte que untel est relou avec ses jeux vidéos, celui-la ne comprend jamais rien, celui-la il n’a pas mes opinions politiques et celui-ci est un bon en classe. Ne pas rester pour soi sous prétexte qu’une fois les bonbons finis il n’y en aura plus, que le service implique trop d’effort (sortir de la tente pour ramasser du bois), que Dieu on n’est finalement pas sur qu’il existe, parce que si il existait il n’aurait pas laissé untel libre d’être méchant, ou ma famille libre de se déchirer.

Pour finir, la prochaine fois que tu grelotteras, souviens-toi que nous l’avons choisi, pour nous sentir faibles et fous. Pour nous sentir vivre, loin du confort qui rend paresseux. Pour nous sentir dépasser nos limites, et avoir le plaisir de le faire ensemble.
Je regrette de ne pas pouvoir être la avec vous, debout les hommes.

Laurent, CT alias Milan